Technopolis

Publication en ligne de Technopolis, roman d'anticipation

08 avril 2007

Episode 20

(suite et fin de cette loooooooongue scène)

Kirstie la guida dans l’immense demeure, sans jamais la regarder, jusque dans une grande chambre dans les tons bleues, décorée avec goût. L’esclave lui offrit un maillot et allait partir, mais Oceany la retint et referma la porte de la pièce, pour pouvoir discuter un instant seule avec elle.
« Ca fait longtemps que vous êtes ici ?
- Depuis que M Oxford est maire.
- Mmm, je vois. Où se situe votre chambre ?
- Pourquoi me demandez-vous ça ?
- Parce que j’ai envie de vous sortir de là : vous êtes un être humain et c’est lamentable de vous traiter ainsi.
- Pourquoi vous feriez ça ? demanda-t-elle, méfiante.
- Parce que je suis contre l’esclavagisme, d’une part, et parce que je suis contre l’injustice qui existe dans cette ville et qui crée trop de miséreux. Faites-moi confiance, je suis de votre côté. »
Pour la première fois, la jeune noire la regarda droit dans les yeux, cherchant à voir si elle disait la vérité ou non. Sans doute rassurée, elle répondit à sa question avant de la laisser se changer. Oceany considéra un instant le bikini mauve qu’on venait de lui prêter et essaya désespérément d’enfiler le haut, mais il était trop petit.  Apparemment, Kelly avait une poitrine plus petite que la sienne. Mais elle ne pouvait pas apparaître avec uniquement le bas, ce serait terriblement déplacé et puis, elle ne voulait pas que Mark se fasse trop d’idées. Déjà, elle commençait à regretter de l’avoir embrassé, mais elle n’avait vraiment pas eu le choix : c’était ça ou se faire attraper. Elle s’escrima donc avec le maillot et réussit à l’enfiler. Même si elle n’avait pas fière allure, mais c’était déjà mieux que de sortir à moitié nue.
Elle rejoignit Kelly et Mark, qui étaient déjà dans l’eau et se dépêcha d’aller les y retrouver ; au moins, dans la piscine, on voyait moins sa poitrine compressée dans le petit maillot. Kirstie arriva à sa suite, apportant trois coupes de champagnes qu’elle apporta à ses maîtres, ce qui fit bouillir Oceany . Ils ne la considéraient même pas comme un être humain, ils auraient manifesté plus d’affection à un chien.
« Bien, fit Kelly en tendant sa coupe. Aux heureux fiancés. Que votre mariage soit réussi et que…vous ayez pleins de petits.
- Aux fiançailles !  » répéta Mark, euphorique.
Oceany avala rapidement son verre et sentit que sa tête commençait à tourner. Elle ne buvait jamais et ne supportait pas du tout l’alcool, mais apparemment, personne ne s’en rendit compte : Kelly sirotait tranquillement son champagne, tandis que Mark continuait de sourire comme un idiot.
« Tu lui as fait visiter la maison ?
- Non, pas encore, j’y vais sur-le-champ.
- Heu, Mark, attendez : j’aimerais me changer, avant.
- Ah, oui, bien sûr. Faites comme chez vous, je vous en prie. »
Elle se rendit donc dans la chambre où se trouvaient ses vêtements et retrouva avec bonheur ses affaires qui étaient à sa taille. Quand elle fut changée, elle sortit de la pièce et se retrouva nez à nez avec Mark, ce qui la fit sursauter : elle ne pensait pas le trouver là. Il sourit et la prit par la main pour la guider. Avec lui, elle avait un peu l’impression d’être une petite fille qui suivait sagement son papa et ça l’énervait prodigieusement. Il lui montra toute la maison, qui était écœurement luxueuse, remplie d’objets d’art, de miroirs sur lesquels se promenaient de fins fils d’or. Tout était en marbre, ronce de noyer, or, argent…elle pensa à tous ses amis, en bas, qui avaient tout juste une pièce pour se loger et un matelas défoncé pour dormir, quel déséquilibre, c’était inadmissible.
Il finit la visite par sa propre chambre, plutôt dépouillée, par rapport au reste de la maison. Pas d’œuvres d’art, pas de bibliothèque, un petit miroir accroché au-dessus de la commode et un simple lit, sans fer forgé, ni rien.
« C’est différent, ici.
- C’est moi qui l’ai décorée.
- Vous ne semblez pas partager la passion de votre père pour l’art et les livres.
- Non, je trouve que c’est une perte de temps. Je préfère la simplicité et puis, je trouve que tout ce luxe est futile : ça ne sert à rien de vouloir en mettre plein la vue aux autres, tout ça ne représente rien. Quand je serai maire, je ne perdrai pas mon temps à tout ça, je chercherai plutôt des solutions aux vrais problèmes.
- Les vrais problèmes ?
- L’insécurité. Quand ce sera résolu, cette ville sera parfaite.
- Vous croyez ?
- Oui, j’en suis certain. »
Non, Technopolis ne serait pas parfaite tant qu’il existerait les exclus, mais Mark, tout comme son père, ne semblait pas s’en soucier. Sans doute parce qu’ils représentaient un pourcentage assez faible de la population et que la plupart des élitaires ne savaient pas dans quelles conditions vivaient les exclus. Elle le savait et devait faire quelque chose pour les aider à se sortir de là.
Soudain, Mark se jeta sur elle, la faisant tomber sur le lit et l’embrassa sauvagement. Elle comprenait mieux pourquoi il avait terminé la visite par sa propre chambre, pour arriver tranquillement à ses fins, sans être dérangé. Mais il n’était pas question de se laisser faire, il fallait qu’elle se sorte de là. Elle repoussa la main baladeuse qui commençait à se glisser sous sa jupe et se redressa brutalement, ce qui surprit le jeune homme.
« Qu’est ce qu’il se passe ?
- Il se passe que…hum…je veux rester vierge jusqu’au mariage.
- Quoi ?
- Oui, c’est comme ça. Ma mère m’a toujours appris que, quand on faisait partie de l’élite, il fallait se préserver pour la nuit de noce, alors, c’est ce que je fais.
- J’ai jamais entendu dire ça.
- Mais si, regardez : Neve Woodart et Ethan Wadeker n’ont pas encore consommé leur union.
- Oui, mais eux, ils ne s’aiment pas.
- Il y a tout un tas d’exemples, vous vous arrêtez à des détails. De toute façon, je dois y aller, j’ai beaucoup à faire.
- Je vous raccompagne. »
Il quitta le lit d’un air renfrogné et la reconduisit jusqu’à la porte d’où il la salua poliment, mais sans chaleur. Il devait se sentir très frustré, mais elle devait poser les limites dès le début, sinon, elle allait perdre totalement le contrôle et il ne fallait pas que ça arrive. La moindre faute pouvait être très dangereuse pour les rebelles et pour elle-même.

Premier Episode / Episode précédent

Posté par Lea L à 23:30 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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