31 mars 2007
Episode 17
Oceany referma le cadenas qui maintenait la porte de la cellule fermée et rejoignit les autres, installés autour de la table sur laquelle ils travaillaient sur leur plan.
« Je viens d’avoir une idée, annonça Myo.
- A quel propos ? le questionna Maria.
- Nous ne connaissons pas exactement le fonctionnement de la mairie, nous ne voyons que ce qu’Oxford veut bien nous montrer, d’accord ? Nous ne pouvons donc difficilement attaquer si nous n’avons pas un minimum d’informations sur l’ennemi.
- Où veux-tu en venir ?
- Et bien, puisque notre chère Oceany va se fiancer avec Mark, le propre fils du tyran, on va l’exploiter à fond. Oceany, ma chère, demain, tu vas appeler Mark et t’arranger pour te faire inviter à la mairie et récolter un maximum d’infos.
- Oh, je ne sais pas si je pourrai entrer dans l’antre de la bête, fit-elle avec une voix exagérément grave. Mark ne semble pas très au courant des affaires de son père.
- C’est une bonne idée, approuva Maria.
- Vas-y, ma grande ! renchérit Mai.
- D’accord, je vais essayer, mais je ne vous garantis rien. Ca pourra toujours nous servir. Bon, je dois vraiment rentrer, il ne faudrait pas qu’on s’aperçoive de mon absence.
- OK, je te ramène, annonça Juan.
- Je préfèrerais que tu restes ici, au cas où… Ethan est assez fort, pour un élitaire. Il vaut mieux que Myo et toi montiez la garde, au cas où.
- Je te raccompagne, déclara Maria. Surveillez notre nouvel invité, il va nous faire un coup tordu : c’est un raciste.
- Comme tous, ici, soupira Oceany. Bon, on y va. »
Les deux jeunes femmes se rendirent près des motos et décollèrent rapidement. Durant le trajet, elles ne parlèrent pas, mais ce n’était pas vraiment étonnant : elles n’avaient pas beaucoup d’atomes crochus, toutes les deux. Maria arrêta l’engin devant le balcon de sa passagère et attendit qu’elle soit descendue.
« Je ne sais pas à quoi tu joues, mais tu devrais faire attention : ça pourrait se retourner contre toi.
- De quoi tu parles ?
- Tu sais très bien de quoi je parle : laisse mon frère tranquille et il ne t’arrivera rien de fâcheux.
- Ton frère ? Mais pourquoi tu me parles de lui ?
- Tu crois que j’ai pas remarqué comment tu le regardais ?
- Mais, pas du tout, je…
- Arrange-toi pour que ça ne se reproduise pas. »
Elle redémarra et partit en trombe. Ce n’était pas bon signe, il ne fallait surtout pas commencer à avoir des inimités dans le groupe. Ils étaient déjà en position de faiblesse, par rapport à Oxford et ses sbires. S’ils n’étaient pas parfaitement soudés, ils étaient certains d’échouer. Elle éclaircirait la situation avec Juan dès le lendemain et parlerait à Maria de leur petit différend : ça ne pouvait pas continuer.
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Elle se réveilla le lendemain matin et entendit des voix dans le salon. Sa mère recevait certainement une de ses amies. Elle enfila rapidement sa robe de chambre pour saluer les deux femmes et eut la mauvaise surprise de constater que l’invitée en question n’était autre que Lauren Wadeker, en larmes.
« Je suis sûre qu’il lui est arrivé quelque chose ! gémit-elle.
- Mais non, ne vous en faites pas. Il a simplement découché, ça arrive à tout le monde. Vous avez appelé chez sa fiancée pour voir s’il n’avait pas passé la nuit chez elle ?
- Non, mais il n’aurait jamais fait ça. Il ne l’aime pas vraiment, vous comprenez, et il tient à ne pas la toucher avant le mariage.
- Oh, je vois… Tiens, bonjour Oceany ! Tu te souviens de Mme Wadeker ?
- Oui, bien sûr. Bonjour, Mme Wadeker. Qu’est ce qu’il vous arrive, si ce n’est pas trop indiscret ?
- Mon fils a disparu, sanglota-t-elle de plus belle.
- Oh, je suis désolée.
- Ne le soyez pas, ce n’est pas votre faute, ma petite.
- Je suis sûre qu’il va bien ne vous en faites pas. Il est peut-être parti…faire une pause avant le mariage.
- Oui, sans doute, mais où est-il allé ? J’espère qu’il n’est pas allé traîner dans les bas étages ! L’autre soir, on lui a volé son passe et il a dû rentrer avec la police et il avait un bleu énorme, là. Le monstre qui l’a attaqué devait mesurer au moins deux mètres et peser cent cinquante kilos ! C’est déloyal de s’attaquer à plus faible que soit. »
Oceany dissimula son sourire derrière sa main : elle ne ressemblait pas du tout à la description de Lauren. Sans doute Ethan avait-il un peu enjolivé l’histoire : il devait être honteux d’avoir été battu par une femme. Elle s’excusa auprès des deux femmes, puis retourna dans sa chambre, où elle avait beaucoup à faire. Elle s’habilla élégamment et se maquilla soigneusement, pour téléphoner à Mark. Les concepteurs avaient eu la mauvaise idée d’installer un visiophone, ce qui signifiait qu’ils ne pouvaient plus appeler en pyjama ou en petite tenue…ils n’avaient vraiment plus aucune liberté. Cependant, durant ses préparatifs, elle ne cessa de penser à Lauren. Elle lui avait fendu le cœur et elle s’en voulait de retenir son fils prisonnier, mais elle ne pouvait pas le libérer, il n’était pas encore prêt et elle se demanda même s’il le serait un jour. Il était raciste, ça n’arrangeait pas les choses. Ils devraient avoir une longue conversation, tous les deux, elle arriverait peut-être à le faire changer d’avis sur les étrangers.
Elle secoua la tête et soupira : ce n’était pas le moment de penser à ça. Elle se posa devant son écran d’ordinateur et composa le numéro de Mark, qui répondit assez rapidement. Son visage emplit l’écran et elle put voir sa joie de constater que son interlocuteur n’était autre que sa future fiancée.
« Oh, bonjour Oceany ! Je ne pensais pas que vous m’appelleriez.
- Mon beau-père m’a parlé de nos…projets en commun et je suis très flattée. C’est d’ailleurs pour ça que je vous appelle. En tant que future belle-fille du maire, je souhaiterais visiter ses bureaux : il paraît qu’ils sont magnifiques et je suis très curieuse, vous savez. Par ailleurs, j’adore l’art ! Vous avez d’ailleurs remarqué ma profonde admiration pour la fresque de la salle de réception.
- Oh, oui, en effet. Je serai ravi d’être votre guide, Oceany, et vous pourrez rencontrer mon père, ainsi.
- J’en serai enchantée.
- Bien, je passerai vous prendre, vers 15 heures, ça vous ira ?
- Oui, c’est parfait. A tout à l’heure, Mark. »
Elle raccrocha et un large sourire fendit son visage : c’était trop facile. Myo avait raison… Elle n’aimait pas trop se servir de Mark ainsi, mais sans lui, elle n’aurait jamais pu pénétrer au cœur de Technopolis d’où elle pourrait retirer des informations très intéressantes.
Elle se leva et ouvrit son tiroir où traînaient des CD-ROM vierges. Elle allait en avoir besoin pour voler quelques données aux ordinateurs de la mairie. Elle ne savait pas encore comment elle allait se débrouiller, mais elle trouverait bien une occasion. Il le fallait, de toute façon, ils comptaient tous sur elle, en bas. Avec toutes ces informations, elle pourrait enfin lutter d’égal à égal avec Bill Oxford. A présent, ça allait devenir dangereux, mais intéressant.
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